Mon caca à moi…

« Mon caca à moi est un gangster » Si, comme nous, vous étiez jeunes dans les années 80 ou 90, la mélodie de Stomy Bugsy résonne forcement dans votre tête. Parce que oui, à feuilleter des ouvrages, à suivre des récits et regarder des blogs, nos étrons sont un peu comme des gangsters pour le milieu outdoor. Connu de tous, touchant tout le monde, mais caché loin du regard…

Que vous l’appeliez étron, déjection, merde, crotte, excrément, fiente, bouse ou autre, nous parlons bien du :

CACA !

Tout voyageur, vanlifer, randonneur, trekeur, pêcheur, kayakiste, grimpeur est un jour confronté à l’obligation de quitter le confort douillet des sanitaires dits « en dur » pour faire face à une envie en pleine nature. Les réactions ne sont pas toujours les bonnes dans cette situation.

Quoi de plus horrible que de découvrir en pleine nature, sur les bords d’un site touristique des petits monticules ornés de papier blanc, vert, rose ou bleu qui déteignent avec la pluie.

C’est le genre de rencontre qui met tout le monde vraiment mal à l’aise. Ces petits monticules ont, en plus du désagrément visuel et odorifère, une fâcheuse tendance à prendre un temps certain pour se désagréger.

Votre étron met, à l’air libre, plusieurs mois, voire un an à se décomposer de façon naturelle. Une période qui varie vraiment en fonction de l’endroit où il est déposé à l’air libre. Sur les neiges des montagnes alpines, le processus est bien plus long. Idem sur le sable de nos plages où l’action de l’eau va en plus propager tout une série de choses pas bonnes à partager.


Le caca c’est quoi ?

Et bien pas grand-chose et pourtant nos merdes ont de la valeur. Il faut compter environ 75% d’eau dans un étron, des aliments non digérés et/ou non absorbés, des sécrétions intestinales, des pigments biliaires, du potassium, des enzymes, des bactéries, de l’azote, du phosphore.

Et c’est là que l’histoire devient très intéressante car, pour beaucoup, cette matière fécale est insupportable à la vue. Il faut vite la faire disparaitre à coup de chasse d’eau utilisant plusieurs litres d’eau potable pour emporter votre production loin vers la station d’épuration où votre caca sera « purifié » avant de repartir dans l’eau de la rivière. La purification consistant à faire disparaitre tout ce qui aurait de la valeur une fois composté et garder ce qui n’est pas bon, comme les bactéries. Bémol à ce cheminement idyllique, beaucoup de bactéries donc, mais aussi d’antibiotiques ou d’hormones présentes dans le caca ne sont pas assimilées et détruites par le traitement de la station et repartent dans les eaux claires d’une petite rivière où vous irez sans doute vous détendre avec vos enfants par une fin d’après-midi à forte chaleur avant de reprendre la route avec votre van… sans vous douter de quoi que ce soit.

Alors que cette matière pourrait être valorisée, comme les amateurs de potager valorisent les restes de plantes ou déchets alimentaires dans un composteur. Le caca c’est de l’engrais ! Oui, les choses ne sont pas aussi faciles à intégrer dites comme cela, de façon brusque. Mais pourtant, de plus en plus de particuliers changent de mode opératoire en installant des toilettes sèches à la maison. Je ne parle pas de la fosse à caca comme il en existait dans certains campings sommaires ou dans certaines fermes de l’époque… où tous allaient faire leurs besoins dans un trou unique rempli sur plusieurs semaines puis bouché avant d’en creuser un autre un peu plus loin… non et non, ça c’est une bombe environnementale où nos crottes vont rester longtemps sans possibilité de compostage car sans air pour permettre un travail de décomposition. Non, par toilettes sèches je veux parler d’équipement qui va permettre une belle valorisation. Et nous savons de quoi nous parlons, nous en avons !

Sans aller jusqu’à dire que c’est vraiment simple. Il n’y a rien de compliqué à cela quand vous habitez à la campagne ou que vous avez un petit bout de terrain derrière la maison pour la phase de compostage. De nombreuses études ont été faites sur la valorisation de nos selles. Si vous habitez en ville, c’est une autre paire de manches. Mais dans certains coins de France, des filaires existent pour la récupération et la valorisation de votre production.

Pour information, dans les conditions optimales de surveillance et de montée en température, oui en se décomposant, un compost monte en température, un compostage peut se faire en 6 ou 8 mois. Durant cette période, la température aura « travaillé » sur toutes les bactéries de votre caca pour les éliminer. Mais comme nous n’avons pas tous une plateforme de compostage au top avec apport d’air soufflé et par manque de normes en la matière, les utilisateurs et certains chercheurs se sont mis d’accord sur une période d’environ 3 ans de compostage pour avoir une matière noble réutilisable pour nos futurs semis. Oui certes 3 ans c’est long… mais en matière de jardinage, il faut prendre son temps.


Pourquoi le retour à la terre est important ?

Dans les différents cycles naturels il n’y a pas de perte, pas de disparition, tout se transforme. Vous mangez des produits qui viennent de la terre, vous les assimilez, vous les redonnez à la terre.

Ce n’est pas une histoire très compliquée à comprendre, mais beaucoup plus difficile à mettre en action, car dans nos civilisations ultra modernes où tout doit être contrôlé et valorisé de façon pécuniaire, laisser la nature faire son travail toute seule n’est pas une notion simple. C’est un peu la même démarche pour les producteurs ou jardiniers qui passent des produits phyto à la permaculture ou le jardinage minimaliste, laissant les plantes entre elles se réguler et se protéger. Dans le cas du compostage du produit de vos toilettes sèches, c’est la même chose.

En se compostant, votre caca, apportera à la terre plein d’éléments riche et celle-ci vous le rendra. Alors qu’en tirant la chasse de votre WC, tout cela ne sera pas valorisé, mais traité pour disparaitre et laisser quelques traces néfastes que l’on retrouvera dans l’eau des rivières.


Et pourquoi nous parler de tout ça ?

Et bien en fait, c’est la même chose pour les cacas que nous laissons derrière un buisson ou au bord d’une prairie. En plus de ne pas être agréables au regard, ces déjections, en l’état, n’ont aucune valorisation dans l’environnement. La pluie va délaver votre étron et éparpiller dans la nature les potentielles bactéries présentes, contaminant au passage la faune et la flore. Le vent a de fortes chances de faire de même avec le papier. Le bilan environnemental est lamentable. Pourtant il existe des solutions simples…

Nous pourrions penser au fait de recouvrir avec des branches. L’avantage est d’être simple et de couper le champ visuel. Par contre vous ne répondez pas à la problématique de dissémination de vos bactéries…

Nous pourrions envisager de recouvrir avec une grosse pierre. Et hop plus de problème de vue. Mais la pluie va continuer de rependre les antibiotiques du petit dernier ou les hormones de madame si elle prend la pilule.

Et pourquoi ne pas simplement faire un trou ? Un petit trou avec une petite pelle. Vous laissez votre caca dedans, sans le papier ou avec (s’il est neutre, sans couleur), vous recouvrez, vous pouvez même, si vous êtes un expert, mélanger un peu avec un bâton avant de recouvrir de terre. Et voici un magnifique début de compostage. Pas de trace visuelle. Les petites bêtes du sol vont très vite débuter la décomposition. Et vous aurez rendu à la terre ce qu’elle vous a donné.


Comment faire ?

Il y a plusieurs solutions. De nombreux documentaires, reportages, blogs ou même livres en parlent. Avec des solutions plus ou moins complexes à mettre en œuvre. Dans certains parcs ou réserves, vous n’avez même pas le choix : il peut vous être imposé de repartir avec votre caca dans une boite ou dans un sac. C’est ce que font les grimpeurs en parois sur plusieurs jours, les kayakistes sur des descentes de rivières longues ou certains randonneurs alpins. Cette notion s’appelle le « leave no trace » (qui va bien plus loin que le caca d’ailleurs) ou le « remportez tout ».

L’autre solution est d’enterrer tout cela. Un trou d’environ 15cm de profondeur suffit pour une personne. Pour la largeur. Il devient difficile de viser si votre ouverture fait moins de 15cm.

Nous pratiquons ce que l’on appelle souvent un « trou de chat » depuis de nombreuses années. D’abord en trek, lors de randonnées alpines, puis en van… Nous avons juste adapté la taille de la pelle.

La petite pelle est de marque Sea To Summit, elle vaut environ 8 euros dans les boutiques pour la montagne et le voyage. Elle est légère et a l’avantage d’avoir le manche qui se rétracte pour gagner de la place dans le sac. Lors de nos voyages en van, elle trouve sa place dans le tiroir à chaussures à côté du papier toilette et du gel hydro-alcoolique.

La grande est une pelle militaire pliable achetée en promo dans un magasin de pèche qui fermé boutique. Cela vaut de 10 à 50 euros suivant le lieu d’achat. La grande chaine de magasin de sport « A fond la forme » en propose aux alentours de 12 euros. Certains sites de survivalistes ou de vie nomade en proposent des performantes, avec un côté tranchant pour faire hache, un manche creux avec nécessaire de survie… Chez nous, cette pelle a sa place dans le coffre sur le côté du tiroir, à côté d’une hache (pour les feux de camps) et d’un stock de cordelettes (file à linge, cabane, haubanage d’abris…).

En Trek la petite pelle suffit amplement. Nous en avons souvent deux pour un groupe de 4 à 6 personnes. Les porteurs officiels sont identifiés, il suffit de demander en journée. Le soir venu, quand le campement ou le bivouac est monté, elles sont posées en un lieu précis pour que tous puissent les utiliser. Avec le temps, il n’y a plus ni gène, ni honte- à demander la pelle… l’expression qui revient d’ailleurs souvent est « je vais à la pelle », une belle contraction (et c’est rien de le dire) entre aller à la selle et prendre sa pelle. La gêne, d’ailleurs nous y reviendrons un peu plus tard.

Pour ce qui est de la vie de Vanfifer, eh bien c’est pareil, en journée et dans les moments un peu pressés, la petite pelle est dispo en ouvrant la porte. Pour les arrêts un peu plus longs, la grosse pelle est a portée de main dans le coffre. C’est un rythme à prendre.


Quelques conseils ?

Ce n’est pas très compliqué de faire son caca dans un trou, le plus dur est peut-être de trouver le bon endroit pour cela. Loin des regards certes, un peu caché aussi, sur un terrain se laissant creuser facilement, avec un arbre ou une motte de terre pour faire pseudo dossier. Mais il n’y a pas que cela à prendre en compte. C’est un composteur miniature que vous allez mettre en place. Votre production va tout de même se décomposer en un certain temps. Il ne faut pas que l’eau de pluie ou de la rivière puisse emporter les potentielles bactéries avec elle au risque de contaminer un point d’eau ou un ruisseau. Avec le temps nous avons adopté une série de reflexes : Ne pas faire ses besoins au bord de l’eau. Il existe même des recommandations, dans l’ouvrage « Comment chier dans les bois » il est expliqué que pour éviter les contaminations accidentelles, il faudrait ne pas faire son caca à moins de 50m du lit haut de la rivière. Dans les faits, nous restons à bonne distance d’un point d’eau hors des lieux de passages. Idem pour le petit pipi : pas dans ou à côté de l’eau, même si le pipi se « filtre » plus vite dans les sols rocheux.

Voici en exemple très parlant, une série de photos du mode opératoire :

Et voilà ; le tour est joué. Ce n’est pas très compliqué, une fois l’habitude prise, c’est même presque facile. Nous avons des enfants de 8 et 11 ans… il faut creuser le trou pour eux, mais le reste se fait simplement. En quittant un lieu de bivouac, pas de trace, pas de papier et pas d’odeur nauséabonde.


De la gêne, ou ça de la gêne ?

En débutant cet article, le mot est apparu en gros en gras… le caca. Pour certain et surtout dans nos civilisations occidentales, la notion de caca et de résidus dits humains est quelque chose qu’il faut cacher… garder tabou… pourtant nous passons tous par là. Du bas de l’échelle sociale jusqu’en haut. Une fois que vous avez assimilé que votre caca se retrouve dans la même station d’épuration que celui de votre député ou de la famille riche à côté de chez vous, on relativise les choses.

Je ne sais plus quel journaliste français aux Etats-Unis s’est retrouvé une fois dans des WC publics sans savoir que Bill Clinton était dans celui d’à côté. Il avait alors lâché un pet sans nom digne d’un brâme du cerf… Devant le lavabo, Mr Clinton lui fit un clin d’œil accompagné d’un « Very nice shot ».

Dans notre parcours, nous avons eu l’occasion de lire, de regarder des vidéos et de participer à des actions pour mettre en avant les toilettes sèches. C’est rigolo de voir comment, une fois certaines barrières virtuelles levées, il est facile de discuter de cela avec des gens. Lors du festival des Eurockéennes à Belfort, nous avions mis en place une série de toilettes sèches en utilisation libre. Profitant de la file d’attente pour l’utilisation de ces toilettes différentes, nous avions abordé les problématiques d’eau dans le monde. Des enfants qui meurent tous les jours par manque d’eau. Les stations d’épuration qui ne traitent pas tout ce qui passe. La chasse d’eau qui utilise tous les jours des litres d’eau potables juste pour faire partir notre caca loin de nos yeux.

Les retours étaient vraiment intéressants, sans complexe et sans gêne. Parler du caca était presque devenu simple. D’ailleurs, pour preuve que le caca a marqué le temps, tous les matins, en croisant quelqu’un, vous dites « Comment ça va ? », pour vous une forme de politesse sur la santé générale… eh bien non. C’est une allusion à votre forme intestinale. Sous-entendu : comment va votre caca ? Eh oui, la bonne phrase est « Comment allez-vous à la selle ? ». Avec les débuts de la médecine dite moderne au Moyen Age, les soignants pouvaient émettre des hypothèses sur votre santé en fonction de vos cacas…


Quelle autre solution ?

Je vous parlais à l’instant d’animation et de pédagogie sur l’utilisation de l’eau et surtout son économie. Il y a par exemple le pipi douche. Faire pipi sous la douche permet sans s’en rendre compte d’économiser une chasse d’eau. Une grande école d’un pays nordique avait fait une étude il y a quelques temps. Si tous les élèves de l’université faisaient chaque jour de l’année un pipi douche, l’économie d’eau sur l’année serait équivalente à une piscine olympique. Ce n’est pas rien !

Pour en revenir au caca et aux parades du trou dans le sol, sachez qu’il existe certains fabriquants qui font des toilettes sèches portables.:

  • LECOPOT propose une assise de toilette pour voyage, toute simple.
  • H2R Equipement propose aussi des solutions REIMO sur son site de vente en ligne.
  • L’équipementier Serial Kombi propose aussi une boite en carton, le kit WC CAREBAG qui permet de faire voyager son caca.

De nombreuses solutions de vanlifer sont aussi visibles sur Pinterest. Par contre, l’ensemble de ces solutions répondent à la problématique du « remportez tout » mais pas à celle du retraitement.

En espérant que ces quelques lignes vous aurons éclairé et vous servirons pour la suite de vos voyages. Nous restons à votre disposition si vous avez d’autres questions. Bon caca à vous et surtout bonne vacances !


Pour aller plus loin…

Les incontournables livres du commerce :

  • Comment chier dans les bois aux éditions Edimontagne
  • L’assainissement écologique aux éditions Eyrolles – Environnement
  • Un petit coin pour soulager la planète aux éditions Eauphilane

Les sites et blogs des copains :

Des vidéos :

Et surtout le top du top… pour ceux qui ont deux heures devant eux :

  • La conférence gesticulée, L’eau, ça chie. d’Anthony Brault et Samuel Lanoe pour la Scop Le Pavé

Merci à vous pour ce moment de lecture et à très vite !

2 commentaires sur “Mon caca à moi…

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